Alors voilà.
En 1813, aprés la chute de Bonaparte, on lui a dit: mon gars, t'as assez donné, rentre chez toi. Il est donc retourné à Briancon. Et là, il est devenu une attraction car il était demi-soldé. Quoi, recevoir des sous sans bosser! C'était un cas unique dans la vallée. Malheureusement, les choses se sont gatés. En effet, la monarchie étant revenue au pouvoir, les nouvelles autorités se sont dit:
- Dites, le gars qui touche des ronds sans rien glander là, c'est pas un officier d'empire?
- Affirmatif, chef!
- Donc c'est pas un pote au roi.
- Affirmatif chef!
- Il faut que ce scandale cesse! Allons le coffrer.
Cependant, il a été plus rapide et s'est planqué dans les montagnes pour ce faire oublier (zut, ma solde!!).
Et puis vinrent les 100 jours et pour finir Waterloo! De l'autre coté de la frontière, le Piemont, les Sardes et les Autrichiens ont refléchi (vite fait) et se sont dit:
- Dites les gars, pour Napoléon, on est sûr que c'est fini cette fois?
- Affirmatif Chef. Les Anglais l'embarquent pour un île paumée.
- Vous êtes certain?
- Affirmatif Chef!
- Donc la petite garnison de Briancon ne peut compter sur aucun renfort?
- Affirmatif Chef!
- Dites, à Briancon, y'a un parc d'artillerie, des armes, de la poudre, des femmes.
- Affirmatif Chef!
Et hop tout ce beau monde passe la frontière par le Montgenèvre, contourne la citadelle par les cols et commence le blocus de Briancon.
Mon aieul voyant cela, passe les lignes Austro-Sardes et se met au service de la défense de Briancon. La petite garnison, la population tout le monde sur les remparts! En tant que militaire de carrière, ils ne se sont pas fait prier pour laisser l'ancêtre faire ce qu'il avait à faire.
Les Austro-Sardes se pointent pour parlementer:
- Bon, les gars vous êtes encerclés, la France est à genoux. Vous êtes seuls. Pas la peine de jouer aux héros, filez nous les canons, les armes, la poudre et les femmes.
- Euh, Chef, ca fallait pas le dire!
- De quoi.
- Les femmes, les Francais sont trés sensibles sur ce sujet!
- Ah merde, j'oublie a chaque fois, quel con!
Sur ce les Brianconnais leur expriment une fin de non recevoir sans equivoque.
La situation est bloquée. Le temps passe, l'automne arrive. Les Austro-Sardes commencent à s'inquiéter:
- Chef, ils ne veulent rien savoir.
- Font chier ces Francais! Font rien comme on veut!
- Y'a un autre problème Chef.
- Quoi encore!
- L'hiver approche. Si il neige, les cols seront fermés et c'est nous qui seront prisonnier sans ravitaillement derrière les lignes francaises (La citadelle de Briancon est un verrou - c'est d'ailleurs pour ca qu'il y'a une citadelle

).
- Damned, j'avais oublié ce point là. (voilà ce que c'est de ne penser qu'aux femmes).
Les premières neiges tombent. La situation commence à devenir perilleuse pour tout le monde. Là, fait assez rare, les commandants ravalent leur testotérone et font fonctionner leur cerveau. Ils parlementent:
- Bon OK on a l'air de couillons. Laissez nous rebrousser chemin, on repasse la frontière et on oublie tout.
(La route passe AU PIED des remparts. En force, pas un homme sur 100 ne serait passé)
- OK, c'est bon pour cette fois (et puis on a fini les chats et le rat c'est pas bon alors...)
Les troupes repassent la frontière aprés 3 mois de blocus. Tout le monde est content (pas un mort).
Mon ancêtre va voir le Maire:
- Bon, maintenant que c'est fini, allez vous continuer à m'embêter?
- Euh, faut trouver un truc....J'ai! Vu que Napoléon a fini à Waterloo, le blocus s'est passé sous la royauté, non? Donc tu as brillamment servi le roi.
- Si il faut en passer par là (déjà à l'époque, on était pas trés royaliste

)
- OK, je fais une bafouille (en fait il l'écrira en 1818, A l'époque, y'avait des délais dans l'adminstration

).
La lettre...je l'ai!!
Et voilà notre homme, demi-soldé, vivant enfin en paix dans notre bon Dauphiné. Il est mort en....mars 1870. Il n'aura, heureusement et je suis content pour lui, pas connu la branlée de 70.
Robuste le gaillard. 86 ans. Toutes les campagnes de Napoléon, blessé par balle au genoux à la Berezina, le Blocus de Briancon au compteur.
Voilà, c'est fini, au lit!
